Le défi d’Anne Lafond Criquet

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A 48 ans, Anne vit dans le Loir-et-Cher, où elle exerce à la fois les fonctions d’enseignante, de directrice d’école maternelle et de formatrice. Divorcée depuis 2011, Anne est aussi la maman de trois enfants. Elle nous raconte comment elle a relevé haut la main son incroyable défi sportif.

 

Comment avez-vous gérer l’annonce du diagnostic de votre sclérose en plaques en 2016 ?

 

Anne : Je n’étais pas surprise. J’étais hospitalisée depuis la veille à cause d’une perte de sensation des orteils jusqu’à la poitrine. J’ai eu le temps de repenser à cette fois où, en 2008, une neurologue avait suspecté une SEP après m’avoir fait passer une IRM à cause de vertiges. J’étais soulagée que cela ne soit pas une tumeur cérébrale. Je connais un ami avec la SEP et sa devise est devenue la mienne : « Plus on en fait, plus on pourra en faire longtemps, marchons, bougeons, profitons ».

 

D’où vous est venu ce goût pour le vélo et la randonnée pédestre ?

 

A : J’ai toujours aimé bouger, me balader en forêt, à pied ou à vélo. Jusqu’en 2015, je participais tous les dimanches à des randonnées pédestres de 12 à 18 km. Mais cela m’est trop difficile maintenant. Je me suis donc mise au vélo, pour me balader ou aller travailler quelques fois par semaine, au printemps et à l’automne, soit 30 km sur la journée. En 2018, j’ai réalisé que je marchais mieux et plus longtemps grâce au vélo. Je me suis donc acheté un vélo électrique, que je n’utilise que pour aller travailler. Je raccourcis mes trajets en hiver avec la voiture, parce qu’il fait encore nuit en forêt le matin.

 

Pouvez-vous nous raconter votre aventure sportive ?

 

A. : J’avais depuis longtemps envie de partir en itinérance, soit en montagne avec un sac à dos, soit en vélo. Mais je n’avais jamais osé, seule avec mes 3 enfants. En 2018, j’ai décidé de me lancer dans une aventure : environ 230 km de vélo en autonomie pendant 5 jours autour du lac de Constance [à la frontière entre la Suisse et l’Allemagne, NDLR]. C’était une superbe expérience familiale et solidaire ! Ma grande a promené tout le trajet un gros et lourd matelas gonflable pour sa maman. Les enfants pensaient que l’attention portée à mon sommeil et à mon dos était critère de réussite pour notre périple. Seule ma dernière fille faisait de l’allemand depuis le collège. Mais cela nous a permis de vivre des moments épiques quand nous devions retirer de l’argent, trouver un supermarché ou prendre le bateau ! Nous n’avions pas réservé de camping afin d’être libres de faire ce que l’on voulait. Nous étions chargés au minimum : matériel de camping et traitements.

Carte du Lac de Constance, à la frontière entre la Suisse et l’Allemagne.

Avez-vous eu des difficultés particulières pendant ces 5 jours ?

 

A. : Nous avons dû allonger les dernières étapes. Nous n’avons pas pu visiter Bregenz, prendre le téléphérique pour une journée de randonnée pédestre ou profiter au maximum de Lindau. Nous roulions sous 30 degrés, la température baissait peu la nuit et mon corps en surchauffe me déclenchait un engourdissement douloureux du bras gauche. Après une journée de vélo, j’avais mal aux jambes le soir et j’avais une « marche de pingouins » comme disent mes enfants. J’ai également eu des difficultés à me relever du sol le matin dans la tente ou lorsque nous mangions par terre. Mais c’était un excellent séjour malgré la douleur, que je ne regrette vraiment pas.

Anne Lafond Criquet lors de son périple autour du Lac de Constance.

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de réaliser cette expérience ?

 

A. : Je sais que je dois bouger pour pouvoir continuer à bouger. J’aime le vélo. J’aime partager des moments forts avec mes enfants ou mes amis. Peut-être que je voulais aussi me montrer que j’en suis encore capable. Malgré la maladie, il faut se battre.

 

Quel conseil donneriez-vous à ceux qui n’osent pas réaliser ce genre d’expérience sportive ?

 

A. : Il faut faire ce que l’on a envie pour ne jamais regretter. Il est dur de bouger, de se déplacer chaque jour, cela fait mal, ça tire, ça brûle. Mais qu’est-ce que cela fait du bien au moral et au corps ! Le lendemain de l’activité, on est beaucoup mieux. Il faut bouger aujourd’hui, pour pouvoir bouger le plus longtemps possible.

D-19/0040 – Etabli en Février 2019