Le défi de David Berty

Interview

David, 48 ans

Père de famille toulousain de 48 ans, David Berty affiche un beau palmarès. Entre 1988 et 1998, cet ancien rugbyman professionnel au Stade Toulousain a remporté 5 titres de champion de France, une coupe d’Europe et deux coupes de France. Diagnostiqué SEP depuis 2002, David a malgré tout fini par retrouver le sport pour lequel il se passionne. Après avoir rejoint en 2012 les Toros XIII de Saint-Jory, club de rugby13-fauteuil , il est de nouveau licencié au Stade Toulousain section 13 fauteuil !

Comment avez-vous gérer l’annonce de votre sclérose en plaques ?

David : Les pre­mières sec­on­des, j’étais soulagé de met­tre enfin un nom sur la rai­son pour laque­lle je galérais sur les ter­rains de rug­by depuis 5 ans ! Ma force était ma vitesse, et quand mes jambes ont com­mencé à me lâch­er, je me suis entraîné d’autant plus en pen­sant que j’allais regag­n­er ma forme. Quand j’ai su que j’avais la SEP, j’ai com­pris que ce n’était ni ma faute ni lié à mon niveau de sportif.

Mais par la suite, j’ai som­bré dans un puits sans fond : cela a duré 4 longues années, de dépres­sion et d’idées noires. J’étais han­té par l’image du fau­teuil et de la dépen­dance… Même aujourd’hui, je refuse d’être en fau­teuil roulant dans la vie de tous les jours, mal­gré mes prob­lèmes d’équilibre !

Pourquoi avez-vous eu envie de réaliser un défi sportif ?

D : Pour moi ce n’était pas vrai­ment un défi. Il fal­lait juste que je sois acteur de ma vie et non un spec­ta­teur. J’ai voulu repren­dre un sport pour me sen­tir bien et retrou­ver un lien social avec les autres. J’ai essayé le foot en salle, le yoga, la piscine, etc. Mais au bout de quelques semaines, il me man­quait tou­jours quelque chose.

Un jour, une per­son­ne me racon­te qu’il a créé un club de rug­by-fau­teuil. Il y a deux mots qui reti­en­nent mon atten­tion. Le pre­mier : rug­by. Je vais pou­voir retouch­er un bal­lon ! Le deux­ième : fau­teuil. J’ai mis 4 ans à me sor­tir l’image de ce mau­dit fau­teuil et lui veut que je m’y remette. Après 2 ans, à court d’excuses, j’ai fini par y aller.

J’étais per­suadé qu’on ne pou­vait rien faire en fau­teuil roulant, et j’ai décou­vert tout l’inverse ! Je me suis assis sur un fau­teuil et quand le match a com­mencé, je voy­ais les autres rigol­er, s’amuser et surtout jouer au rug­by ! Au début je ne voulais pas vrai­ment par­ticiper, mais lorsque j’ai attrapé le bal­lon j’ai eu un déclic !

Pouvez-vous nous parler du rugby-fauteuil ?

D : Ce qui est super c’est que ce sont des équipes mixtes : il y a des per­son­nes en fau­teuil roulant au quo­ti­di­en, des per­son­nes « valides » et puis il y a des per­son­nes « valides » mal­gré la mal­adie, comme moi. On se retrou­ve tous pour jouer ensem­ble au rug­by-fau­teuil, par équipe de 5. Pour simuler les plaquages, on utilise des ban­des vel­cro col­lées sur les épaules qu’on arrache, appelées « Flag ». Pour le reste, ce sont les mêmes règles !

A quelle fréquence jouez-vous ? Faites-vous souvent des compétitions ?

D : Je m’entraîne 2 fois par semaine. On fait des com­péti­tions seule­ment une fois par mois car le nom­bre de joueurs et d’équipes de rug­by-fau­teuil restent quand même limité !

Faut-il une bonne préparation physique en amont ? Le sport est-il important / bénéfique pour surmonter votre SEP ?

D : Pour moi, le plus impor­tant est la volon­té que l’on y met et l’objectif que l’on se fixe. Je pense que le sport est vrai­ment béné­fique : j’en fais tous les jours, que ce soit de la mus­cu­la­tion, du vélo ou de la marche.

Mais je suis aus­si per­suadé que si l’on trou­ve une activ­ité qui nous pas­sionne, comme le brico­lage, la cui­sine, la musique ou la lec­ture, il est pos­si­ble de sur­mon­ter la SEP. Pen­dant que l’on pra­tique cette pas­sion, on oublie nos soucis du quo­ti­di­en et sans s’en ren­dre compte on ne pense plus à la maladie.

Avez-vous eu des craintes avant/pendant vos matchs de rugby ?

D : Ma seule crainte c’est de ne pas faire un bon match ! Quand je ren­tre sur le ter­rain, ma pas­sion prend le dessus, je n’ai pas peur de me bless­er. Main­tenant que j’ai accep­té ma SEP, je n’y pense plus.

Pensez-vous réaliser à nouveau un tel défi sportif ?

D : J’ai encore un objec­tif sportif et je crois que cela sera le dernier. Je mets la barre haute cette fois-ci…

J’ai raté la dernière sélec­tion de l’équipe de France. Dans 3 ans, il y aura la nou­velle coupe du monde ! J’espère pou­voir y par­ticiper. L’objectif le plus proche avec mon équipe du Stade Toulou­sain est le titre de cham­pi­on de France de rugby13 fau­teuils de la 2e divi­sion. Pour l’instant, on s’est qual­i­fié pour la demi-finale du Cham­pi­onnat de France.

Si vous deviez retenir une seule chose de cette expérience, quelle serait-elle ?

D : Ma vision de la vie avec ma mal­adie. Avant de con­naitre cette dis­ci­pline sportive et surtout les hommes et les femmes qui pra­tiquent ce sport, je ne pen­sais qu’à me bat­tre face à la mal­adie. Ils m’ont mon­tré qu’il faut sim­ple­ment appren­dre à vivre avec elle.

Si vous deviez donner un conseil à ceux qui n’osent pas réaliser ce genre de défi sportif, quel serait-il ?

D : Osez essay­er, vous n’avez rien à crain­dre, au con­traire ! Vous avez tout à gag­n­er pour vous et les gens qui vous entourent !

Ce qui est amu­sant, c’est que j’ai com­mencé le rug­by valide à Saint-Jory pour finir au Stade Toulou­sain. 20 ans plus tard, je com­mence le rug­by-fau­teuil à Saint-Jory, pour égale­ment me retrou­ver au Stade Toulou­sain ! C’est une belle revanche sur ma SEP : tu m’as fait par­tir mais je suis revenu par une autre porte !

D‑19/0300 – Etabli en Avril 2019

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