Le défi de David Noel : Spartan Race

Interview

David, 33 ans

David Noel, 33 ans, est conseiller en assurances. Il a été diagnostiqué SEP en septembre 2017. Aujourd’hui, il est le président de l'association SEPerlipopette qui a pour objectif de faire découvrir le monde de la moto aux personnes en situation de Handicap, SEP ou autres, et représente activement la ligue française contre la SEP sur divers événements. Il nous raconte son aventure sportive à la Spartan Race !

Comment avez-vous géré l’annonce de la SEP ?

David : Suite à l’annonce de la SEP, je suis passé par plusieurs phases :

– J’ai d’abord ressen­ti comme un soulage­ment car cela fai­sait des mois que j’avais mes symp­tômes. Il m’a fal­lu plusieurs semaines avant de pou­voir pass­er les exa­m­ens et recevoir les résul­tats. L’attente n’était pas facile à vivre. Pou­voir met­tre un nom sur les symp­tômes m’a per­mis d’être enfin fixé et de pou­voir avancer dans le bon sens.

– Ensuite est venue la phase d’acceptation, d’environ 6 mois, durant laque­lle je ne fai­sais pas grand chose car il était dif­fi­cile de gér­er la fatigue. Il me fal­lait appren­dre à vivre avec une mal­adie incur­able, que je con­nais­sais très peu (voire pas du tout). Je me suis d’ailleurs énor­mé­ment ren­seigné via des blogs et témoignages. Je me suis égale­ment réfugié dans les jeux vidéo pen­dant cette péri­ode. J’étais au chô­mage à ce moment-là et je l’ai vrai­ment vécu comme une chance, car il m’aurait été dif­fi­cile de tra­vailler correctement.

– Pen­dant cette phase d’acceptation je ne souhaitais pas en par­ler autour de moi par peur d’être jugé et d’être pris en pitié. Aujourd’hui avec le recul et mon expéri­ence de la mal­adie, je peux dire que je suis totale­ment dans une autre démarche. Je dois d’ailleurs beau­coup au réseau Rhône-Alpes SEP qui m’a été d’un grand sou­tien (ate­liers d’informations sur la SEP avec une assis­tance sociale, ren­dez-vous chez le psy­cho­logue gra­tu­its, sophrologie…).

– Un matin, je me suis motivé à rem­plac­er les jeux vidéo par le sport. J’ai donc com­mencé par la nata­tion qui me procu­rait énor­mé­ment de bien, puis la mus­cu­la­tion, et je me suis mis à courir quo­ti­di­en­nement. Cette pra­tique régulière d’une activ­ité physique m’a com­plète­ment sor­ti de cette phase peu active et m’a per­mis de me sen­tir revivre.

– Lors d’un événe­ment organ­isé par la Ligue Française con­tre la SEP en mai 2018, j’ai eu l’occasion de ren­con­tr­er Armand Thoinet, Cir­cée Peloux, Audrey Hochard, Loïc Blaise et des fig­ures emblé­ma­tiques du monde de la SEP et du Sport. Ces ren­con­tres m’ont motivé à mon­ter mon pro­jet d’association pour faire décou­vrir le monde de la moto (ma pas­sion) aux per­son­nes atteintes de la SEP et plus générale­ment d’un hand­i­cap. Je me suis donc lancé dans ce pro­jet et l’association est née en novem­bre 2018 avec un pre­mier événe­ment en mai 2019.

Pouvez-vous nous décrire votre défi sportif ? Est-ce une activité totalement nouvelle pour vous ?

D. : Suite à la créa­tion de mon asso­ci­a­tion et à mes nom­breux entraîne­ments sportifs, j’ai souhaité me lancer un autre défi et je me suis inscrit à la Super Spar­tan Race de Morzine édi­tion 2019. C’est un défi un peu fou car totale­ment nou­veau pour moi. Il s’agit d’une course de 13 km avec 25 obsta­cles à franchir. Ces obsta­cles sont var­iés : mon­tée à la corde, port de charges lour­des, escalade, tir de javelot, dénivelé…

David a dû marcher, courir, grimper, ram­per ! C’était pour lui une expéri­ence sportive très fun.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de réaliser ce défi sportif ? Dans quel but ?

D. : J’ai souhaité mon­tr­er que même avec une SEP on pou­vait se lancer des défis. Pour ma part, le sport a été un moyen d’aller de l’avant et je voulais tester mes lim­ites par rap­port à ma san­té. La ren­con­tre d’autres malades qui se lançaient des défis plus fous les uns que les autres m’a motivé à en faire de même. Je me suis donc ren­seigné sur les Spar­tan race, j’ai regardé pas mal de vidéos qui m’ont vrai­ment don­né envie de le faire. Par ce défi, je souhaitais aus­si met­tre en lumière la Ligue Con­tre la SEP et mon association.

Combien de temps faut-il pour préparer un tel défi ? Faut-il une bonne préparation physique en amont ?

D. : Tout dépend de l’intensité des entraîne­ments et du niveau sportif de cha­cun. Je dirais qu’un entraîne­ment raisonnable sur une année ou inten­sif sur 6 mois peu­vent suf­fire. Pour ma part, l’entraînement n’a pas été aus­si inten­sif que je le souhaitais, mais je n’avais pas d’objectif de per­for­mance, seule l’envie de ter­min­er ma course. J’ai donc pu aller jusqu’au bout en prenant mon temps. Il faut claire­ment une pré­pa­ra­tion physique pour ne pas trop souf­frir pen­dant l’effort. D’après mon expéri­ence de la course, les 3 prin­ci­paux points à tra­vailler sont : le run­ning (endurance), le ren­fort mus­cu­laire (port de charges lour­des – dénivelé impor­tant), et surtout le men­tal qui per­met d’aller au bout.

Ce chal­lenge : un véri­ta­ble par­cours du combattant !

Pratiquiez-vous un sport avant l’annonce de la SEP ? Lequel, à quelle fréquence ?

D. : Je ne pra­ti­quais plus de sports depuis plusieurs années.

Avez-vous eu des craintes avant / pendant ce défi sportif ?

D. : Oui, je craig­nais surtout d’avoir des cram­pes et de ne pas tenir dans les dénivelés. Finale­ment ces craintes ne se sont pas réal­isées. J’avais prévu mal­gré tout des solu­tions préven­tives (des ali­ments spé­ci­aux qu’on m’avait con­seil­lés et du gel éner­gisant). Pen­dant mon défi, j’ai égale­ment eu peur de ne pas pou­voir aller jusqu’au bout, d’où l’importance du men­tal ! Au final, je trou­ve que mon entourage s’est davan­tage inquiété pour moi par rap­port à la dif­fi­culté du défi.

Avez-vous eu des douleurs particulières pendant / après ce défi sportif ?

D. : Pen­dant la course, j’ai eu de légères douleurs aux genoux et dans le bas du dos (port de charges lour­des). Après la course, des cour­ba­tures clas­siques qui ont duré 3 jours.

Quel a été le moment le plus dur / le plus beau ?

D. : Le plus dur est sans doute l’obstacle de la chaîne à porter. Celle-ci pèse env­i­ron 20 kg et doit être trans­portée à tra­vers un par­cours de boue et de dénivelés très impor­tants. J’ai vrai­ment pen­sé aban­don­ner à ce moment-là, mais je me suis don­né un bon coup de pied au der­rière et je suis reparti !

Le plus beau, pas très orig­i­nal, reste mon arrivée et mon saut au-dessus du dernier obsta­cle avec ma famille et mes amis présents pour m’encourager. Avant même de voir la ligne d’arrivée, je sen­tais déjà les larmes mon­ter. Un mélange de soulage­ment, de fierté, et de plein d’émotions différentes.

Porter cette chaîne était une épreuve dif­fi­cile mais David n’a rien lâché !
Le grand saut juste avant la ligne d’arrivée, un moment inou­bli­able pour David.

Le sport est-il important / bénéfique pour surmonter votre SEP ?

D. : Absol­u­ment, c’est un élé­ment essen­tiel ! C’est ce qui m’a per­mis d’affronter pos­i­tive­ment la mal­adie. Aujourd’hui je n’en fais pas assez à mon goût (chaleur, fatigue, emploi du temps) mais je sais que si j’ai un coup de mou, c’est l’une des solu­tions effi­caces pour aller mieux.

Si vous n’aviez pas eu la SEP, est ce que vous pensez que vous auriez réalisé ce défi sportif ?

D. : Non, je n’y aurais même jamais pensé !

Pensez-vous réaliser à nouveau un tel défi sportif ? Si oui, de plus longue durée ? Avec de nouveaux accompagnants ?

D. : Absol­u­ment et même plusieurs. Ma par­tic­i­pa­tion a motivé plusieurs per­son­nes de mon entourage. L’année prochaine je me lance donc dans deux cours­es : l’une de 6km et de nou­veau celle de 13km.

Plus déter­miné que jamais.

Si vous deviez retenir une seule chose de cette expérience, quelle serait-elle ?

D. : Je retiendrais que c’est impor­tant de se lancer des défis dans la vie, même si cela peut paraître dif­fi­cile voire insur­montable, on en ressort gran­di et on en retire que du posi­tif.
Grâce à la SEP je me suis lancé dans de superbes aven­tures, notam­ment celle-ci, et j’ai ren­con­tré de mer­veilleuses per­son­nes. J’ai réal­isé, et je réalise, des choses que je n’aurais jamais pen­sé faire avant d’être malade.

Si vous deviez donner un conseil à ceux qui n’osent pas réaliser ce genre de défi sportif, quel serait-il ?

D. : Si la per­son­ne est effrayée par la dif­fi­culté du défi, je lui dirai qu’il faut tou­jours se dire qu’il existe des défis “plus sim­ples” pou­vant être de bons tests. Le fait de regarder les vidéos peut aus­si être une bonne pré­pa­ra­tion et un bon moyen de se motiv­er : j’ai vu des per­son­nes de tous âges, de toutes formes physiques, de toutes tailles se sur­pass­er et ter­min­er la course ce qui m’a égale­ment motivé à m’inscrire et à ten­ter l’expérience. Cha­cun peut le faire à son rythme, le but étant d’aller au bout, peu importe le temps néces­saire pour la ter­min­er. Et bien enten­du, une pré­pa­ra­tion physique min­i­mum est forte­ment recommandée.

David, fier de ramen­er sa médaille !

Vous pou­vez suiv­re ses aven­tures, via son site inter­net sur sa page Face­book https://www.facebook.com/SEPerlipopette-2651016328456356/

D‑19/0577 – Établi en Sep­tem­bre 2019

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